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Abattoir 26


Nous accédons à ce que nous sommes en nous faisant porteurs de l'Histoire – peu importe qu'on s'astreigne à l'assumer de façon vaste (la leçon des antiques, ou Salluste qui résonnerait ici), et peu importe qu'on y soit directement mêlé: nous sommes porteurs de tant de récits, et ce qui traversa avec violence tant de générations des nôtres. Les livres naissent de cette acceptation raisonnée de l'Histoire, pas question d'en faire détour: et l'histoire, telle que nous la recevons, est toute entière trouée de guerres, elles viennent aussi dans les récits, les poèmes, les peintures.

La guerre est à nos portes, il y a peu, du temps de Sarajevo, les avions de guerre partaient des bases françaises et y revenaient dans la journée, et à l'autre bout du monde des soldats exercent la guerre en notre nom.

Et la guerre partout est puante, et nous concerne quand bien même on n'y a pas les mains prises. Il n'est que d'ouvrir le journal.

Et ce travail, la détestation de la guerre, la haine de la guerre, ne serait pas à constamment réentreprendre? Et ce travail de détestation de la guerre, de haine de la guerre, n'imposerait pas qu'on la nomme?

Souvenir de ces vers d'Agrippa d'Aubigné, qui non seulement résonne ici, mais vient en traverser la prise, quand il est question des massacres de guerre civile dans ce qui maintenant semble notre province endormie, perpétuellement refaite avec ses rocades et ses enseignes normalisées: Niort, Poitiers, Angers ou Tours dans Les Tragiques, les morts jetés au fleuve.

C'est ce travail qu'a mené – pour lui – Raymond Bozier: il ne s'agit pas de bruit, remuement, horreur, loin de nous et dont nous serions préservés. Les images télévisées, les clichés des magazines, nous le rappelleraient bien vite. Mais lorsqu'on en fait écriture, on quitte cette nécessité personnelle du travail pour en établir l'instance collective – le texte lui-même alors devient collectivement nécessaire.

Dans le travail que nous menons à publie.net, il y a des envies et des obligations: un texte comme celui-ci établit la cartographie collective de ce qui nous concerne ensemble. si la violence et l'âpreté d'écriture de Bozier y sont reconnaissables, et donnent à cet abécédaire de notre misère sa voix et sa force, sa chair, il y a dans la poésie – peut-être même cela fait partie de ce qui la rend en tant que telle reconnaissable – une instance d'écriture anonyme, littéralement collective. D'où notre responsabilité à le prendre en charge, le diffuser.

Nous ne sommes pas débarrassés de la puanteur de la guerre.

FB

A propos d'Abattoir 26, lire Chronic'Art. Merci à Hubert Saint-Ève pour la toile reproduite en ouverture (voir son site).

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Fiche détaillée de “Abattoir 26”

Fiche technique

  • Auteur : Raymond Bozier
  • Éditeur : publie.net
  • Collection : l'esquif
  • Date de parution : 08/10/10
  • EAN : 9782814503489
  • Format : Multi-format
  • Nombre de pages: 86
  • Protection : NC

Résumé

Nous accédons à ce que nous sommes en nous faisant porteurs de l'Histoire – peu importe qu'on s'astreigne à l'assumer de façon vaste (la leçon des antiques, ou Salluste qui résonnerait ici), et peu importe qu'on y soit directement mêlé: nous sommes porteurs de tant de récits, et ce qui traversa avec violence tant de générations des nôtres. Les livres naissent de cette acceptation raisonnée de l'Histoire, pas question d'en faire détour: et l'histoire, telle que nous la recevons, est toute entière trouée de guerres, elles viennent aussi dans les récits, les poèmes, les peintures.

La guerre est à nos portes, il y a peu, du temps de Sarajevo, les avions de guerre partaient des bases françaises et y revenaient dans la journée, et à l'autre bout du monde des soldats exercent la guerre en notre nom.

Et la guerre partout est puante, et nous concerne quand bien même on n'y a pas les mains prises. Il n'est que d'ouvrir le journal.

Et ce travail, la détestation de la guerre, la haine de la guerre, ne serait pas à constamment réentreprendre? Et ce travail de détestation de la guerre, de haine de la guerre, n'imposerait pas qu'on la nomme?

Souvenir de ces vers d'Agrippa d'Aubigné, qui non seulement résonne ici, mais vient en traverser la prise, quand il est question des massacres de guerre civile dans ce qui maintenant semble notre province endormie, perpétuellement refaite avec ses rocades et ses enseignes normalisées: Niort, Poitiers, Angers ou Tours dans Les Tragiques, les morts jetés au fleuve.

C'est ce travail qu'a mené – pour lui – Raymond Bozier: il ne s'agit pas de bruit, remuement, horreur, loin de nous et dont nous serions préservés. Les images télévisées, les clichés des magazines, nous le rappelleraient bien vite. Mais lorsqu'on en fait écriture, on quitte cette nécessité personnelle du travail pour en établir l'instance collective – le texte lui-même alors devient collectivement nécessaire.

Dans le travail que nous menons à publie.net, il y a des envies et des obligations: un texte comme celui-ci établit la cartographie collective de ce qui nous concerne ensemble. si la violence et l'âpreté d'écriture de Bozier y sont reconnaissables, et donnent à cet abécédaire de notre misère sa voix et sa force, sa chair, il y a dans la poésie – peut-être même cela fait partie de ce qui la rend en tant que telle reconnaissable – une instance d'écriture anonyme, littéralement collective. D'où notre responsabilité à le prendre en charge, le diffuser.

Nous ne sommes pas débarrassés de la puanteur de la guerre.

FB

A propos d'Abattoir 26, lire Chronic'Art. Merci à Hubert Saint-Ève pour la toile reproduite en ouverture (voir son site).

Biographie de Raymond Bozier

Né en 1950, à Chauvigny, dans la Vienne, Raymond Bozier vit et travaille à la Rochelle. Il a animé la revue Cargo, publié un grand nombre de poèmes et de nouvelles dans des revues et des journaux tels que L'Express, Le Monde Diplomatique, Action Poétique, Moebius, Poésie présente, Europe, avant de donner la priorité au roman. Lieu-dit, Paysages avant l’oubli 1 (Calmann-Lévy, 1997, réédité chez Fayard), lui a valu le Prix du premier roman 1997, et le prix du livre Poitou-Charentes. Ont suivi plusieurs recueils de poésie, tels que Bords de mer (Flammarion, 1998), Abattoirs 26 (Pauvert, 1999) ; et d’autres romans : Rocade, Paysages avant l’oubli 2 (Pauvert, 2000), Les Soldats somnambules (Fayard, 2002), Fenêtres sur le monde, Paysages avant l’oubli 3 (Fayard, 2004), L’Homme-ravin (Fayard, 2008), Divagation 1, suivi d’une réédition de Lieu-dit (Fayard 2008) ; sans oublier un récit, La maison des courants d’air (Fayard, 2008). Par ailleurs, Raymond Bozier a participé à 49 poètes en collectif, anthologie (Flammarion, 2004) et Histoires de lecture (ministère de la Culture, 2001), a réuni des auteurs algériens et français dans L’Algérie des deux rives (Mille et une nuits, 2003), et, dans Le Rapt du silence (Le Temps qu’il fait, 2007), a traduit des proses de Marcos Siscar.

Autres ressources web: voir BNF / écrire la ville.

 

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Lieu-dit, Paysages avant l’oubli 1, roman, Calmann-Lévy, 1997. Prix du premier roman 1997, prix du livre Poitou-Charentes – Épuisé

Bords de mer, poésie, Flammarion, 1998

Abattoirs 26, poésie, Pauvert, 1999

Rocade, Paysages avant l’oubli 2, roman, Pauvert 2000

Les Soldats somnambules, roman, Fayard, 2002

Fenêtres sur le monde, Paysages avant l’oubli 3, Fayard, 2004

L’homme-ravin, Divagation 1, suivi de Lieu-dit (réédition), romans, Fayard 2008

La maison des courants d’air, récit, Fayard 2008

Roseaux, poèmes, Publie.net

L’être urbain, Publie.net, 2009

 

 

Collectif

Histoires de lecture : Lire en fête 2001 (collectif), Ministère de la culture

L’Algérie des deux rives, nouvelles (collectif d’auteurs algériens et français réunis par R.Bozier), Mille et une nuits, 2003

49 poètes en collectif, anthologie, Flammarion, 2004

Québec 2008, poésie, Co-éditionEcrits des Forges (Québec) et Sac à Mots (France)

 

Traductions

Avec Mustapha Oulmane : Histoires de jour, contes de nuit, Jabbar Yassin Hussin, Atelier du gué, 2002.

Avec l'auteur : Le rapt du silence, Marcos Siscar, Le temps qu'il fait, 2007.

 

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