Le Livre de Poche

  • Edition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie).Le nez de Cyrano s'est mis en travers de son coeur. La belle Roxane aime ailleurs, en l'espèce un cadet sans esprit mais de belle apparence, Christian de Neuvillette. La pièce de Rostand met en scène la tragique complicité entre deux moitiés d'homme, et s'achève sur une évidence en forme d'espérance : sous les traits de Christian, ce n'était pas moins que l'âme de Cyrano qu'aimait Roxane. Avec ce drame en cinq actes, au travers des reprises ou des adaptations cinématographiques, Rostand a connu et connaît un succès ininterrompu et planétaire. Pourquoi ? A cause des qualités d'écriture, des vertus dramatiques ou de la réussite du personnage principal de la pièce ? Sans doute, pour une part. Mais la raison profonde tient à son art de caresser l'un de nos plus anciens mythes : il n'est pas de justice ici-bas, ni d'amour heureux. Presque pas. Et tout est dans cette manière de nous camper sur cette frontière, entre rêve et réalité, entre lune et terre.

  • Le tartuffe

    Molière

    Edition enrichie (Préface, notes, commentaires sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Un faux dévot s'installe dans la famille d'Orgon dont il fait sa dupe, y vit grassement et manifeste une assez vive sensualité pour courtiser la maîtresse de maison - avant d'être finalement démasqué. Le sujet de sa pièce, Molière dut longuement batailler pour finalement l'imposer en 1669, car, à sa première représentation à Versailles, la comédie avait été jugée dangereuse : s'il décriait les apparences de la vertu, Molière ne rendait-il pas également suspects les dévots authentiques ?
    Car tel est bien l'enjeu sérieux de la pièce : percer à jour l'hypocrisie tout en nous incitant à méditer sur le déguisement et la métamorphose. Mais Le Tartuffe est aussi une comédie de moeurs et de caractères où la farce peu à peu s'inßéchit vers le drame et cependant s'harmonise parfaitement avec lui. Molière fait preuve ici d'un métier admirable pour faire passer le spectateur du rire franc à la plus délicate émotion, de la gaieté la plus vive à la réflexion la plus grave, et parfois la plus sombre.
    Edition de Jean-Pierre Collinet. 

  • Edition enrichie (Introduction, notes, dossier et commentaires sur l'oeuvre, notices, chronologie et bibliographie)« Trahi de toutes parts, accablé d'injustices, Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices ; Et chercher sur la terre un endroit écarté Où d'être homme d'honneur, on ait la liberté. »
    Au moment où il quitte la scène, Alceste quitte également le monde auquel il s'est heurté, et le vrai sujet de la comédie est bien la confrontation du misanthrope et de ce milieu mondain qu'il récuse : par philosophie, certainement, mais également par cet esprit chagrin d'atrabilaire qui en fait l'ennemi de toute sociabilité, comme le montre la manière incongrue et bourrue dont il témoigne à Célimène un amour qui prend à rebours les règles de la galanterie.
    Cet extravagant est donc certainement ridicule. Mais comment lui reprocher, néanmoins, l'intransigeante pratique des vertus de sincérité, de justice et de droiture ? Parce que Alceste dénonce le monde, c'est bien lui qui permet à Molière, en 1666, de nous en donner une image véritable - jusque dans ses contradictions.
    Edition de Claude Bourqui. 

  • Edition enrichie (Notes, commentaires, repères chronologiques)
    À la cour d'Athènes, Hermia en appelle à la clémence de son père Égée qui veut lui imposer comme mari Démétrius, alors qu'elle aime Lysandre. Pour échapper à son sort, elle se réfugie dans la forêt, bientôt suivie par les autres protagonistes. Là, Obéron, roi des elfes, qui vient de se quereller avec sa femme Titania, fait appel au malicieux lutin Puck et à ses philtres d'amour. De nombreuses aventures amoureuses vont alors se croiser, se faire et se défaire, au gré des sortilèges et des intrigues, mêlant monde classique et monde légendaire.
    Cette comédie à la fantaisie débridée se double d'une saveur parodique et satirique  : les amours heureuses sont-elles possibles sans enchantement  ? Avec Le Songe d'une nuit d'été, Shakespeare donne libre cours à une incroyable liberté d'imagination qui continue à fasciner le public moderne.
     
    Traduction de François-Victor Hugo.
    Édition établie et annotée par Yves Florenne.

  • Phèdre

    Jean Racine

    Edition enrichie (Préface, notes, dossier, lexique, glossaire, chronologie et bibliographie)Phèdre : Tu vas ouïr le comble des horreurs.
    J'aime... A ce nom fatal, je tremble, je frissonne. J'aime...
    OEnone : Qui ?
    Phèdre : Tu connais ce fils de l'Amazone, Ce prince si longtemps par moi-même opprimé.
    OEnone : Hippolyte ? Grands dieux !
    Phèdre : C'est toi qui l'as nommé !
    La légende de cet amour interdit, puisque Hippolyte est le fils de Thésée à qui Phèdre est mariée, Racine l'emprunte à Euripide et à Sénèque. Mais alors que la tradition théâtrale plaçait Hippolyte au devant de la scène, en 1677, Racine l'en écarte au profit de Phèdre, pour écrire la tragédie d'une femme torturée, sans doute coupable mais également frappée par la fatalité, qui lutte de toutes ses forces pour combattre une passion qui la submerge et finit par porter la mort autour d'elle - et sur elle.
    Edition d'Alain Viala. 

  • Edtion enrichie (Préface, notes, commentaires, documents, chronologie et bibliographie).Un barbon, Arnolphe, a élevé dans l'ignorance une jeune paysanne, Agnès, afin de pouvoir plus tard l'épouser sans craindre d'elle les infidélités des femmes trop éclairées. Or, de retour de voyage, il rencontre le jeune Horace qui, par un quiproquo qui ne cessera qu'à la fin, l'informe lui-même qu'il s'est épris de sa protégée. Et Agnès apprend vite à l'école de l'amour.
    Le comique de la pièce repose ainsi pour une large part sur la «confidence perpétuelle» que le jeune blondin fait au vieux barbon, et Molière focalise l'attention sur les réactions désopilantes d'Arnolphe confronté à la narration enthousiaste de ses déconfitures : par un procédé neuf, il soumet donc l'intrigue à l'effet qu'elle provoque. Le 26 décembre 1662, au théâtre du Palais-Royal, le public fit fête à cette pièce qui marque la naissance de la grande comédie de moeurs et de caractères, et dont le sujet - comment le désir vient aux jeunes filles - souleva bien des remous. Quant aux accusations de plagiat et aux calomnies, le dramaturge y répondit bientôt par La Critique de l'Ecole des femmes. La fameuse «querelle» était née...Edition de Patrick Dandrey. 

  • Trois sorcières ont prédit à Macbeth qu'il deviendrait roi d'Écosse. Pour que son destin se réalise, il assassine le souverain en place ; mais parce qu'il a tué, il devra tuer encore et les morts ne le laisseront pas en paix. Sa femme, lady Macbeth, qui a armé son bras, paiera de sa raison son ambition monstrueuse. Récit tragique de la soif du pouvoir et de la folie des hommes, Macbeth, créée pour la première fois en 1606, est « la vision la plus mûre et la plus profonde du Mal chez Shakespeare ». « La vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s'agite durant son heure sur la scène et qu'ensuite on n'entend plus ; c'est une histoire dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, et qui ne signifie rien. » Traduction de François-Victor Hugo

  • Edition enrichie (Préface, notes et commentaires sur l'oeuvre, variantes, lexique, chronologie et bibliographie)
    A l'issue de la guerre de Troie, Andromaque, veuve d'Hector, est devenue, en même temps que son jeune fils Astyanax, la captive de Pyrrhus, roi d'Epire. Epris d'elle alors qu'il devait épouser Hermione, il lui donne à choisir : le mariage avec lui ou la mort de son fils. Mais sacrifier l'enfant qu'Hector lui a confié ou le sauver en épousant Pyrrhus, c'est toujours trahir la mémoire de son époux défunt.
    Fidélité ou trahison est aussi le dilemme d'Oreste épris d'Hermione. Chargé d'une ambassade auprès de Pyrrhus qui doit lui livrer Astyanax, il espère essuyer un refus : si Pyrrhus par amour garde le fils d'Andromaque, il renverra Hermione.
    En 1667, toute l'originalité d'Andromaque, qui remporte un éclatant succès, est sans doute de construire face à face deux univers si différents et dont les tensions s'entrecroisent : celui d'Hermione, de Pyrrhus et d'Oreste, portés par la plus aveugle passion, tout entiers tendus vers l'accomplissement de désirs trop humains, et celui d'Andromaque qu'habite seul l'amour d'un enfant et d'un mort - Andromaque silhouette sombre dressée sur un fond d'incendie.
    Edition de Patrick Dandrey. 

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Deux jeunes gens profitent de l'absence de leurs pères pour mener à bien leurs amours. Lorsque les pères reviennent, ils découvrent les fredaines de leurs fils pour lesquels ils avaient d'autres projets de mariage. Toutes les ruses de Scapin viennent alors s'opposer à leur volonté de faire plier les jeunes gens.
    Le sujet de sa pièce, en 1671, Molière l'emprunte à une comédie latine de Térence. Mais il y ajoute la figure de Scapin, farceur sublime qui de bout en bout mène le jeu sur une scène où son corps virevolte, contrefait sa voix, change d'accent et de gestes, Scapin, fourbe génial qui enferme son maître en un sac et va jusqu'à jouer le mort, avant de ressusciter d'un bond.
    Boileau en fut troublé qui, «dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe», ne reconnaissait «plus l'auteur du Misanthrope». Et cependant, tout le talent de Molière est bien là, dans cette savante alliance de la comédie et de la farce, dans cette diversité de ressources comiques unies par une secrète alchimie dont on ne saurait percer le secret.
    Edition de Jean Serroy. 

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Assis seul, Argan détaille des factures d'apothicaire lorsque Toinette, sa servante, entre dans sa chambre. Il l'interroge sur son lavement, demande s'il a bien fait de la bile, à quoi Toinette répond qu'elle ne se mêle point de ces affaires-là. Consciente que les maux de son maître sont imaginaires, elle ne se prive pas d'ajouter que, pour son médecin et son apothicaire, il n'est rien d'autre qu'une « bonne vache à lait ». Molière lui-même joue le personnage d'Argan le 10 février 1673, lors de la création de sa pièce au théâtre du Palais-Royal, et meurt sept jours plus tard, à l'issue de la quatrième représentation. De cette « comédie mêlée de musique et de danses » où son oeuvre s'achève, c'est la puissance comique qui, bien sûr, a fait la fortune. Mais c'est aussi une pièce à thèse : le dramaturge ne se moque pas seulement des médecins de son temps, mais après Le Tartuffe, il dénonce plus profondément en eux de nouveaux imposteurs.Édition de Bénédicte Louvat-Molozay.

  • L'avare

    Molière

    Edition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, lexique, chronologie et bibliographie)Elise, fille d'Harpagon, souhaite se marier avec Valère, tandis que son frère Cléante veut épouser Mariane. Mais le père a d'autres vues pour ses enfants, et a jeté lui-même son dévolu sur la jeune fille. La pièce, créée par Molière en 1668, serait donc une comédie amoureuse si, derrière cette première intrigue, ne se dessinait surtout la comédie d'un caractère, l'avare, dont la précieuse cassette, un moment dérobée, fait opportunément retour afin de permettre un dénouement heureux.
    Créature comique, objet de moqueries et de vengeances, mais aussi nature monstrueuse et tyran domestique, Harpagon est bien la figure qui domine presque toutes les scènes, assure l'efficacité dramatique de la pièce et permet à la comédie de confiner à la farce. Par la satire, le quiproquo et l'ironie, Molière brosse de lui un portrait d'une drôlerie sans pitié.
    Edition de Jacques Morel.
    Notes complémentaires de Jean-Pierre Collinet. 

  • Edition enrichie (Préface, notes, commentaires sur l'oeuvre, lexique et chronologie)Plutôt que «Britannicus», victime assez falote de Néron et d'Agrippine, Racine aurait dû donner à sa tragédie le nom de l'un ou l'autre des deux monstres qui s'affrontent à travers lui.
    Leur «ambition», aujourd'hui nous l'appellerions plus volontiers «goût du pouvoir». Un goût de mort et de sang dont les Romains, hélas ! n'ont pas emporté le secret avec eux. Chacun, ici, reconnaîtra les siens...

  • Edition enrichie (préface, notes, dossier sur l'oeuvre, variantes, chronologie et bibliographie)Don Gomès, père de Chimène, approuve le mariage de sa fille et de Rodrigue. Mais lorsqu'il apprend que le père de Rodrigue, don Diègue, a été désigné gouverneur du prince de Castille à sa place, il soufflette son rival. Don Diègue met alors la main à l'épée, mais il est trop vieux pour se battre et don Gomès le désarme : c'est alors à son fils que don Diègue demande de le venger. Rodrigue doit-il le faire comme le lui impose son honneur, ou conserver l'amour qui le lie à Chimène ?
    Jouée en 1637 au Théâtre du Marais, la pièce, qui était alors - genre à la mode- une tragi-comédie dont Corneille avait puisé le sujet dans une oeuvre espagnole, rencontre immédiatement un grand succès, mais déchaîne une querelle littéraire - la première du siècle - qui durera jusqu'en 1660. Entre-temps, le dramaturge aura remanié sa pièce en l'élevant à la tragédie, et si
    Le Cid marque dans l'histoire du théâtre une étape essentielle, c'est qu'avec lui se fonde un certain classicisme en même temps qu'apparaissent le «héros cornélien» et la dimension politique, pour Corneille, de toute vraie tragédie.
    Edition de Christian Biet. 

  • Edition enrichie (Préface, commentaires, notes, bibliographie et biographie)
    Pour se venger d'avoir été battue par son mari Sganarelle, Martine le fait passer pour un médecin, mais si fantasque qu'il faut le bastonner pour qu'il accepte d'exercer son art. Contre toute attente, ce médecin malgré lui fait merveille. Au mois d'août 1666, la pièce rencontre un succès éclatant devant le public du Palais-Royal. C'est que Molière, au sommet de son art, combine avec éclat le vieil héritage de la farce française et la leçon de la commedia dell'arte, non sans emprunter à ses propres pièces antérieures. Simple assemblage de sources diverses ? Certainement non, mais une pièce construite pour mettre en valeur les exploits de Sganarelle joué par Molière lui-même, une pièce dont l'allant ne faiblit jamais et où le génie du dramaturge - acteur, farceur, metteur en scène - n'oublie jamais l'action. Lui-même nous l'avait dit : « Les comédies ne sont faites que pour être jouées. »
    Edition de Bernadette Rey-Flaud
    Notes complémentaires de Claude Bourqui. 

  • Edition enrichie (notes, chronologie)Dorante aime en secret Araminte, une riche et jolie veuve, qui est hélas d'une classe sociale supérieure à la sienne et s'apprête à épouser un vieux comte. Aidé de son valet Dubois, il imagine alors un stratagème pour conquérir en une journée le coeur de la jeune femme. Représentée pour la première fois en 1737 par les Comédiens Italiens, Les Fausses Confidences est la dernière grande pièce de Marivaux. À travers les demi-vérités et les manipulations de Dubois, cette comédie douce-amère révèle que l'amour est bien souvent affaire d'amour-propre.

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier, lexique, chronologie et bibliographie)«Monsieur Jourdain : Et comme l'on parle, qu'est-ce que c'est donc que cela ?
    Maître de philosophie : De la prose.
    Monsieur Jourdain : Quoi ? Quand je dis : «Nicole apportez-moi mes pantoufles et me donnez mon bonnet de nuit», c'est de la prose.
    Maître de philosophie : Oui, Monsieur.
    Monsieur Jourdain : Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela.»
    Lorsque Molière fait jouer pour la première fois Le Bourgeois gentilhomme à Chambord en 1670 devant le Roi et la cour, Monsieur Jourdain n'est pas seulement un père qui entrave les projets de mariage de sa fille. Car, bien au-delà de cette histoire d'amour traditionnelle, la comédie-ballet se déploie en un grand spectacle avec danses et musique, où le comique et la satire prennent constamment pour cible le bourgeois qui s'est mis en tête de devenir gentilhomme et finit en mamamouchi ridicule. Héros de l'illusion comme Tartuffe, monomane comme Harpagon, rien ne peut l'arracher à sa folie de noblesse.
    Edition présentée et annotée par Jacques Morel.
    Notes complémentaires de Jean-Pierre Collinet. 

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Echoués à la suite d'un naufrage sur une île gouvernée par des esclaves fugitifs, une coquette et un petit-maître perdent la liberté tandis que leurs esclaves désormais affranchis deviennent maîtres - et leur font subir diverses épreuves : « Nous vous jetons dans l'esclavage pour vous rendre sensibles aux maux qu'on y éprouve ; nous vous humilions, afin que, nous trouvant superbes, vous vous reprochiez de l'avoir été. »
    En 1725, c'est un monde social renversé que Marivaux donne à voir sur la scène du Théâtre-Italien : la fragilité du pouvoir peut ainsi se dévoiler, les rancoeurs enfouies se libérer, et le malheur d'une condition servile s'éprouver. Mais si l'inversion est bien politique, elle est également ludique, et cette pièce sérieuse aux faux airs d'utopie est bien une comédie : le spectateur s'y amuse aux dépens des maîtres que leurs valets caricaturent, et il rit autant des maladresses que commettent ces valets lorsqu'ils tiennent le rôle des maîtres.
    Edition de Jean Goulemot 

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Lorsque Molière fait jouer Les Femmes savantes en 1672, un an avant sa mort, il ne moque ni les femmes ni le savoir, mais cette ostentation des connaissances qui contrevient à ce qu'on nomme alors l'honnêteté. Son sujet comme son écriture, en cinq actes et en vers, en font l'une des plus achevées de nos comédies. La pièce pourtant ne correspond plus à l'air du temps. L'heure est aux grands spectacles ; Lully vient d'obtenir du roi un monopole sur le théâtre accompagné de musique, et Molière semble venir trop tard : Les Femmes savantes ne rencontrent donc qu'un premier succès limité. La pièce s'impose cependant dès la fin du siècle, et cette fois pour toujours, par le brio de la satire, le mordant de la raillerie, et les ressources d'un comique que rien n'a pu vieillir.
    Edition de Claude Bourqui. 

  • Edition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Pour mieux observer sa future épouse, un jeune homme imagine de se présenter à elle sous la livrée de son valet qui lui-même s'habillera en maître ; or la jeune fille, de son côté, a eu la même idée, et se fait passer pour sa femme de chambre, qui elle-même jouera son rôle. Le hasard a ouvert le jeu à l'amour, et le jeu de l'amour est d'aller aussi bien où on ne l'attendait pas.
    Depuis sa création en 1730, la pièce s'est imposée comme le chef-d'oeuvre de Marivaux qui séduit par l'harmonieux équilibre entre une forme dramatique inspirée de la comédie italienne et une intrigue de drame bourgeois. Un charmant badinage ? Sans doute. Mais qui ne va pas sans questions : l'amour est-il bien naturel ? ignore-t-il les barrières sociales ? Chacun vaut-il par ce qu'il est ou par ce qu'il paraît ? Le Jeu de l'amour et du hasard nous conduit au-delà du marivaudage : « c'est une bagatelle qui vaut bien la peine qu'on y pense ».
    Edition de Patrice Pavis. 

  • Édition enrichie (Introduction, notes, glossaire, chronologie et bibliographie)"Il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fût pas une inconséquence dangereuse." Ces propos, prêtés à Louis XVI, soulignent combien les contemporains furent sensibles à la charge subversive d'une pièce où ils virent d'abord un événement politique. Mais le message n'eût pas été si généralement reçu si l'efficacité dramatique et une virtuosité d'écriture ne l'avaient supporté. Le gouvernement de Vichy interdit Le Mariage de 1940 à 1944 ; alors Beaumarchais n'était pas encore devenu ennuyeux, selon la prophétie toujours incertaine de Stendhal.
    L'introduction abondante et nouvelle de Giovanna Trisolini démontre les ressorts d'une satire qui gagne à être replacée dans son contexte, sans négliger cependant l'étude des caractères humains dans leurs inconséquences.

  • Édition enrichie (Préface, notes, dossier sur l'oeuvre, chronologie et bibliographie)Perdican revient au village de son enfance où il doit épouser sa cousine Camille, mais la jeune fille, tout juste sortie du couvent, est prévenue contre l'amour, par avance convaincue de la désillusion qu'elle encourt. Par dépit, Perdican séduit alors Rosette, une petite paysanne, et dans un décor de fraîcheur bucolique, c'est une fin tragique qui s'annonce.
    Camille et Perdican partagent sans doute la même religion de l'amour idéal, mais mêlée de véhémence chez l'une et de rouerie chez l'autre, et derrière le rêve d'un retour à l'innocence première se dessine un enfer, inscrit depuis toujours dans la nature humaine. Le temps paradisiaque d'On ne badine pas avec l'amour, faut-il alors le voir comme une immobilité bienheureuse ou la préparation de la Chute ? C'est là toute l'incertitude de la pièce qui n'oublie pas, en 1834, la liaison de Musset avec George Sand, dont Perdican répète mot pour mot les paroles : «J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.»
    Edition de Frank Lestringant.

  • Edition enrichie (Postface)
    S'estimant proche de la mort, un roi décide de partager en trois son royaume afin d'en doter ses filles, Goneril, Régane et Cordélia. Lors d'une vaste cérémonie où se décident à la fois le partage et les noces des trois héritières, il exige de chacune une déclaration d'amour officielle qui scellera toutes ces donations. Mais, alors que les deux premières le flattent avec ostentation et démesure, la troisième tient des propos raisonnables qui mettent le vieillard en fureur et l'amènent à maudire sa préférée...Un récit où le tragique le dispute à la folie, mis en lumière par une traduction résolument moderne et tournée vers la mise en scène.Traduction et postface de Jean-Marc Lanteri.

  • Ruy Blas

    Victor Hugo

    Edition enrichie (Commentaires, biographie, bibliographie et notes)
    « ... Quel miracle que ta pièce, mon pauvre bien-aimé... jamais je n'avais rien entendu de si magnifique... mon esprit en est encore plus obscurci, comme quand les yeux ont trop longtemps fixé le soleil... »
    Juliette Drouet.
    « À propos, Ruy Blas est une énorme bêtise, une infamie en vers... »
    Balzac.
    « Quelle brusque et prodigieuse fanfare dans la langue que ces vers de Victor Hugo ! »
    Zola.
    « ... ou Ruy Blas est une gageure contre le bon sens, ou c'est un acte de folie. »
    Gustave Planche.

  • Edition enrichie (Préface, notes, commentaires, bibliographie, biographie)
    « Lucienne. Enfin, Monsieur, pour qui me prenez-vous ?
    Je suis une honnête femme.
    Pontagnac. Ah ! Tant mieux ! J'adore les honnêtes femmes ! »
    Pontagnac, le « dragueur » malheureux, sera finalement le dindon de la farce. C'est d'ailleurs un brave garçon, qui ne trompe jamais sa femme sans la plaindre. Et qui ne perd jamais la tête : il suit les dames dans la rue, mais s'il pénètre derrière elles dans les pâtisseries, il les attend sagement à la porte des bijouteries. Quant à Vatelin, le mari de Lucienne, il risque de payer fort cher une vieille entorse à la fidélité conjugale, laquelle entorse refait brusquement surface en la personne de Maggy, une joyeuse fofolle anglaise... Un troisième larron, rival de Pontagnac, vient encore compliquer la situation.
    Et  voilà la mécanique en marche, « sans que s'affole un seul rouage, sans que saute un seul ressort », comme dit Jean Richepin. Le 3 mars 1951, à vingt heures trente, le théâtre de Feydeau connaît la consécration suprême : il entre enfin au répertoire de la Comédie-Française, avec, justement, Le Dindon.
    Préface, commentaires et notes par Henry Gidel.   

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