Robert Laffont

  • " L'écrivain est un lâche. La preuve : il écrit. S'il était courageux, il vivrait. Par peur des coups du sort, il se met à l'écart. C'est un juge de touche : il court d'un bout à l'autre du terrain de foot sans pouvoir y pénétrer pour taper dans le ballon de la vie. Écrire et vivre sont des activités contradictoires, c'est pourquoi les gens qui vivent ne savent pas écrire. C'est le travail d'une vie. D'une vie de lâche. "Patrick Besson

  • " Et alors ? Beaucoup de bruit pour rien ou, comme j'ai essayé de le montrer dans ces quelques pages, la conviction que le "génie' de la langue dont parle Voltaire ne s'explique qu'en observant ses particularités ? Tout au long de cette balade à travers les trouvailles linguistiques malicieuses, acrobatiques, parfois régressives ou scandaleuses, iconoclastes et jouissives qui fleurissent à l'ombre de la langue officielle, j'ai voulu la "défendre'. Bien avant moi, en 1549, Du Bellay écrivait La Deffence, et illustration de la langue francoyse pour combattre le "Monstre ignorance' et "illustrer' la langue, c'est-à-dire la faire "rayonner'. Proust ne dit pas autre chose lorsqu'il écrit en 1908 à Mme Strauss : "Les seules personnes qui défendent la langue française sont celles qui l'attaquent.' Étonnant, non ? " J.-L. C.
    Certains puristes s'indignent régulièrement : notre langue souffrirait d'être dénaturée, aliénée et même colonisée. Il faut plutôt se réjouir qu'elle puisse évoluer et continuer de nous réserver quelques belles surprises. Loin d'en être appauvrie ou diminuée, elle s'enrichit entre autres grâce à l'argot et à la langue de banlieue. Heureusement culbutée par les fi gures de style, calembours et autres contrepèteries, elle est revigorée par le génie de jongleurs de mots comme Perec, Queneau ou Devos. Ce sont plutôt les prétendus moralisateurs de notre langue qui la maltraitent à force de règles complexes et de réformes surréalistes. La langue elle-même n'y est pour rien.


  • 20 % des jeunes Français savent à peine lire.

    Comment a-t-on pu en arriver là, dans une démocratie comme la France, longtemps enviée pour la qualité de son système éducatif ? Qui sont les véritables responsables de ce désastre ? De ce qu'on pourrait presque qualifi er de " crime contre la société ", au vu de la gravité du mal et de ses conséquences, constatées par tous les gouvernements, gauche et droite confondues, depuis maintenant plus de vingt ans, dans un bel aveu d'impuissance collective ?
    Pour m'expliquer l'origine de cette faillite, j'ai voulu connaître les auteurs, ou plutôt les fauteurs, des politiques éducatives qui y ont conduit. Les identifi er, afin de comprendre ce qu'ils avaient en tête au moment où ils ont conçu et/ou appliqué ces nouveaux contenus, ces nouvelles pratiques, ces nouvelles méthodes, ces nouvelles règles.
    À l'heure de la transparence et de la traçabilité dans tous les domaines, j'ai voulu savoir comment des gens en principe sains d'esprit ont pu engendrer de telles aberrations, ce que ces réformateurs mal inspirés pensent du résultat de leurs initiatives et s'ils en éprouvent aujourd'hui des regrets, voire des remords.
    Paradoxe terrible : ceux qui voulaient rendre l'école moins inégalitaire en sont arrivés à la rendre plus injuste.
    C. B.

  • Cet éloge de l'ironie offre un mode d'emploi de l'esprit léger, le meilleur antidote qui soit à tous les interdits et toutes les doxas.
    " Regardez-moi lorsque je parle au second degré : comme dans un jeu d'enfant, je me raconte une histoire au milieu de la vie quotidienne. Comme tous les jeux, celui-là donne du plaisir : moquerie partagée, complicité de malfaisance légère. Un sourire, un simple sourire est l'enjeu de la partie. Il est urgent de redécouvrir les bienfaits joyeux de l'ironie, les vertus décapantes du second degré... ce mal français qui nous fait tellement de bien. " D. P. " Nous ne céderons rien à l'ironie ", déclarait Emmanuel Macron le soir de son élection. L'ironie n'est donc plus au programme. Elle dérange, elle questionne, elle bouscule, elle renverse parfois. C'est un sport de combat tout en souplesse, mais qui peut s'avérer redoutable. Didier Pourquery montre ici comment, de Socrate à Daniel Defoe, de Jonathan Swift à Kierkegaard, de Musil à Jankélévitch, les amis de l'ironie ont interrogé le monde sans se lasser. Cet ouvrage va à leur rencontre pour recueillir leurs enseignements toujours délectables et offrir un mode d'emploi de l'esprit léger, le meilleur antidote qui soit à tous les interdits et toutes les doxas. Un programme comme un autre. Mais celui-ci, d'une efficacité assurée.

  • C'est par la voie d'un quotidien que je découvris cette nouvelle ébouriffante :Depuis le vote définitif du Parlement le 28 janvier 2015, l'animal est enfin reconnu dans le Code civil comme un " être vivant doué de sensibilité " (nouvel art. 515-14). C'est un tournant historique, qui met fin à plus de deux cents ans d'une vision archaïque de l'animal dans le Code civil. Cette reconnaissance constitue un immense progrès pour notre société. Il n'y a pas besoin du droit, avec ses règles brouillonnes à ne plus savoir qu'en faire, pour dire une chose pareille : les animaux ont une sensibilité. Les gens ordinaires, indifférents aux jeux de rôles sur les grandes causes qui n'en sont pas, ont perçu depuis la nuit des temps la lueur d'amitié que renvoie le regard de l'animal familier, et ils ont frémi de regret en distinguant l'incompréhension que l'animal blessé sait adresser à l'homme en guise d'ultime reproche. L'enfumage juridique est l'un des plus prodigieux moulins à bêtise que le monde occidental ait conçus. Il s'agit de faire croire que le droit est important en toutes choses, alors que ce n'est pas le cas. La fin heureuse ou moins malheureuse de toute chose échappe le plus souvent à la sphère du droit. Le droit ne peut pas tout puisque aucun règlement ne peut nous obliger à avoir du coeur. F. X. T.

  • " Pour comprendre la portée du miracle, il faut commencer par l'effet qu'il a produit : la transformation du Che en héros éthique. Cette "décoration' résulte d'une comparaison entre lui et nous, le commun des mortels, qui n'aurions d'autre Dieu que notre intérêt individuel, notre égoïsme, la quête de notre propre plaisir. Tandis que le Che, mû par l'amour qu'il éprouvait pour l'humanité, sacrifia sa vie pour elle. Peu importe que ses idées aient été erronées, que le type de société qu'il cherchait à faire naître soit exécrable. Ce qui compte, c'est qu'il ait cru que le chemin pour la rédemption de l'humanité était celui-là et qu'il ait tout donné pour l'atteindre. "
    Cinquante ans après sa mort, Che Guevara reste une figure aussi mythifiée que controversée. Saint ou démon, criminel ou bienfaiteur de l'humanité ? L'auteur livre ici un portrait très personnel, lucide et sensible du dernier héros révolutionnaire. Elle raconte l'itinéraire et les combats, mais surtout l'invention par lui-même d'un personnage " assassin et martyr ", voué à un destin grandiose. Sans le juger ni l'absoudre, Marcela Iacub le saisit au plus vif de sa vérité.

  • " J'ai voulu profiter des élections pour expliquer, à toutes fins utiles, le fond de ma pensée. Cela fait plusieurs années que j'ai la chance de participer au débat public à travers les médias. Mais j'ai voulu en dire plus, prendre quelques mètres de recul, m'éloigner pour mieux voir. J'ai essayé de raconter ce qu'on vit aujourd'hui en France collectivement, mais aussi individuellement, ce que peut vivre un jeune homme comme moi à l'orée de l'âge adulte. Peu de choses m'apaisent autant que la lecture de journaux d'écrivains, de Mémoires, d'autofictions, parce que l'auteur et le lecteur sont les mêmes gens soumis aux mêmes tourments. Donc j'ai livré un peu des miens ici, pour aider, quoi, commencez pas ! " C. C.
    Pourfendeur des idées en vogue, de droite comme de gauche, Charles Consigny témoigne ici du désarroi et des espoirs de sa génération et fustige les totems et gourous du moment : le fanatisme égalitaire et le culte de la diversité, mais aussi les réactionnaires ou les sécuritaires obsessionnels. Réquisitoire contre toutes les forces d'inertie, son livre est d'abord un appel à laisser se déployer l'énergie d'une jeunesse qui veut se battre, qui veut réussir, et n'a renoncé à rien. Entre rage et mélancolie, tendresse et impertinence, l'auteur, en parlant de son époque, livre aussi beaucoup de lui-même.

  • " Si l'on veut se faire une idée de l'image de la Chine en France, il suffit de lire la presse, d'écouter la radio ou de regarder la télévision. La Chine y est toujours présentée comme une dictature haïssable, d'autant plus haïssable qu'il s'agirait d'une dictature communiste, un champion de la répression la plus violente. Et lorsqu'on sort de la sphère politique pour entrer dans celle de la vie pratique, la viande chinoise est toujours pourrie ; le lait pour les bébés est avarié ; les jouets largement exportés sont recouverts d'une peinture au plomb pour nuire à la santé des enfants ; les canapés s'effondrent et les chaussures made in China provoquent des blessures aux pieds de ceux qui les portent. Tout n'est pas faux dans cette vision des choses. Mais rien de positif n'est jamais mis en lumière et surtout, rien n'est expliqué... " P. B.
    Familier de la Chine, où il a enseigné la littérature, et du peuple chinois, dont il parle la langue, Philippe Barret rétablit, à l'encontre de beaucoup d'idées reçues et de préjugés souvent ancrés de longue date, des vérités essentielles pour se faire une plus juste opinion de ce pays à la fois méconnu et redouté. Alors que la Chine reste perçue en Occident comme une puissance menaçante, l'auteur démontre de manière percutante et magistrale qu'elle constitue tout au contraire un modèle de sagesse et de stabilité.

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