Lyrique

  • Au quatrième mois de l'année 1819, le poète Issa, natte en paille sur le dos et sac de moine mendiant accroché autour du cou, quitte son ermitage de montagne et part en voyage de temple en temple. Nous suivons avec lui un chemin de poésie à travers les paysages du Japon, les rencontres avec les amis et inconnus de passage, les histoires étranges qu'on lui rapporte...
    Cette année-là voit aussi sa petite fille de deux ans, ce rayon de soleil épanoui dans le rire, mourir subitement de la variole. Il m'est difficile de ne pas songer à ce lien d'amour, dévoile Issa. Sur ce monde inconstant où les tristesses sont aussi nombreuses que les noeuds du bambou, le poète garde un regard confiant et émerveillé. Un regard de printemps."

    Kobayashi Issa (1763 - 1827) est un poète majeur de la fin de l'époque d'Edo. Né dans une famille de fermiers, il souffre du remariage de son père et quitte à 14 ans la maison familiale pour Edo. Il y suit l'enseignement d'un poète de l'école Katsushika.
    Il vit de la poésie dans une extrême pauvreté. En 1813, il se marie. Ses enfants et sa femme mourront peu après. Deux remariages n'apportent guère plus de bonheur. Sa maison brûle. A moitié paralysé, vivant dans une remise, il meurt à 65 ans.

  • En 1857, dans une Angleterre victorienne patriarcale, William Morris, poète de 23 ans proche du mouvement préraphaélite, s'empare de la légende arthurienne qui connaît alors une popularité croissante. Mais, au lieu de célébrer les exploits des chevaliers, l'auteur décide de donner pour la première fois la parole à la reine Guenièvre. Reprenant l'un des épisodes les plus célèbres du mythe du Camelot durant lequel la souveraine est accusée d'adultère avec Lancelot, William Morris place Guenièvre au centre de son récit et lui laisse le champ libre pour qu'elle présente seule sa défense devant un parterre de juges : tous des chevaliers, tous des hommes. La reine développe alors ses arguments, défend son amour et montre qu'elle a aussi été contrainte dans une condition qu'elle n'a pas voulue.

    William Morris (1834-1896), poète, romancier, imprimeur, penseur libertaire, est l'auteur des Nouvelles de nulle part (nouvelle édition à paraître chez Libertalia en 2022). Il est considéré comme l'un des précurseurs de la pensée écologique radicale.

  • 'Dans l'univers en expansion du Canzoniere, chaque sonnet est un monde. Nul progrès de l'un à l'autre - du même au même -, mais les distances infinies d'un espace sidéral. Ciel de glace et de feu régi par la musique des nombres, le Canzoniere a ses étoiles fixes - scintillante nébuleuse de sonnets - et ses météores : brèves fusées des ballades, "soeurs lumineuses des blancs ruisseaux" de la Canzone, tourbillons clairs-obscurs des sextines, feux dansants du madrigal. Il a aussi ses planètes, brillant d'un éclat emprunté à l'astre de Laure, et ses constellations écrites en lettres d'or dans le ciel des idées.'
    Jean-Michel Gardair.

  • Essai pour un paradis (1933) et Pour un moissonneur (1941) constituent deux jalons majeurs dans l'oeuvre du poète Gustave Roud (1897-1976). Ils sont réunis ici pour la première fois et ponctués de photographies de l'auteur. Dédiant l'un et l'autre recueil à un ami paysan, le narrateur dit autant l'amour qui le porte vers lui que la distance qui l'en sépare, avant le retour inexorable a la solitude : pour le poète, l'approche du paradis est une quête qu'il doit sans cesse recommencer.

    Poète, Gustave Roud (1897-1976) est l'auteur d'une oeuvre rare. Les trois volumes d'Écrits, publiés par Philippe Jaccottet en 1978, qui rassemblent l'ensemble de son oeuvre poétique, sont de plus en plus lus. Ses textes poétiques répondent à des préoccupations contemporaines via une écriture d'une grande pureté classique : L'imaginaire roudien séduit les amateurs de poésie mais intéresse aussi les champs suivants : écocritique, géographie littéraire, études sur le paysage, ou encore queer studies.

  • enfant de demain, si ton rêve exhume nos corps - des mains qui se tendent avec force vers des visages de chiffons jaunes -, étouffe étrangle la gorge du rêve et enfouis dans la cendre tes larmes. car notre foi est devenue oiseau de proie.Cette anthologie du poète Avrom Sutzkever, a été confiée à Rachel Ertel, dont on connaît l'engagement pour le yiddish et le grand sens poétique des traductions. Son oeuvre qui traverse le siècle est porteuse d'un extraordinaire espoir en la poésie qui, en plusieurs occasions, lui a sauvé la vie. Tous ses ouvrages y sont représentés et si une grande partie est consacrée au ghetto et à sa résistance, l'ensemble résonne au-delà de l'engagement politique. On peut parler d'un véritable engagement poétique qui aura raison des drames de notre sombre XXe siècle.

    La vie et l'oeuvre d'Avrom Sutzkever sont exemplaires à plus d'un titre. Né en 1913, il s'installe à Wilno en 1923 et rejoindra l'avant-garde poétique de la Jeune Wilno. Enfermé dans le Ghetto, il prendra une part active à la résistance et témoignera au procès de Nuremberg. Il fut actif au sein de la Brigade de papier qui cachait des milliers de livres qui furent retrouvés après la guerre. Après un séjour en Union soviétique, il s'installe en Israël en 1947 et y vivra jusqu'à sa mort en 2010.

  • Marie dit la vie la vie

    tu n'as que ce mot aux lèvres



    c'est vrai j'avoue la vie est le seul

    refuge, je ne sais plus trop à force



    si « j'écris sur vous au lieu de

    mourir » ou pour rejoindre un verbe au présent



    « et me sentir mille choses heureuses à la fois »

    ayant atteint « la bienveillance du réel »



    du genre ces bras entre nous respirés

    alors c'est gagné la vie la vie

    Stéphane Bouquet, scénariste, danseur, critique, traducteur, a publié plusieurs livres de poésie ou autour de la poésie (les derniers en date, Les Amours suivants et Vie commune, Champ Vallon, 2013 et 2016, et La Cité de Paroles, Corti, 2018). Les Amours suivants et Vie commune sont traduits aux Etats-Unis.

  • La contraction de la pierre dans la main refermée. La dilatation inverse de la pierre dans le poing tremblant de l'enfant sur le seuil de lui-même, l'abandon inverse de l'enfant. L'ouvert. L'abandon à l'ouvert de l'enfant qui ne voulait pas. Soudain plus grand que son corps l'enfant comme si l'étincelle de sa chair avait pris. L'enfant ne veut pas cela mais il l'accepte, de toutes ses forces il ferme le poing sur le caillou brûlant et il accepte.

  • Beaupré

    Eric Sautou

    quelque chose
    de ton souvenir
    n'est déjà plus le même
    entendre
    ma voix tu ne l'entendras plus que ne l'as-tu
    écrite
    et quand je pense à toi il n'y a plus que des mots
    perdue
    noyée dans le seul mot qui reste
    Beaupré

  • De la poésie sonore jusqu'au numérique en passant par le rap, Poet Against The Machine raconte l'histoire politique des machines, des médias et de la technologie dans la poésie hors du livre. À l'heure du tout-numérique, cet essai revient sur les contre-cultures poétiques sur scène, dans les festivals et les communautés alternatives et interroge la prétendue neutralité des médiums. Que ce soit avec un magnétophone ou un algorithme, l'humain et la machine sont en constante interaction dans une lutte créative et symbolique. Dans cet état de modernité technique avancée où le média a autant de place que le texte, les hiérarchies sont bousculées, laissant la possibilité d'une néolittérature libérée du livre et de ses canons.

    Née entre les générations X et Y, élevée avec des ordinateurs, Magali Nachtergael entretient des liens étroits avec son smartphone.Maîtresse de conférences en littérature et arts, elle a publié Les Mythologies individuelles, récit de soi et photographie au 20e siècle (Rodopi, 2012), Roland Barthes contemporain (Max Milo, 2015) et édité un collectif sur les littératures expérimentales. Elle est également commissaire d'exposition et critique d'art.

  • neige sur google maps
    Rhodopes traversées 4 jours, brouillard gras à midi
    avant, ici, les Montagnes étaient filles de la Terre
    ça ne se voit pas
    la mythologie n'est qu'une affaire de majuscules
    pluie, me repliant va-vite dans le local d'une station-service
    à la source de la ville
    k-way fluo, gouttes, pièces pour machine, carrelage Tetris,
    verres en plastique blanc
    je m'allonge sur le sac et je regarde le néon
    trouver une grotte et y dormir et coller fatigué front au sol
    un sanctuaire que j'aurai découvert dans la forêt, froid,
    plutôt que dans le guide vert
    je trouverai peut-être un coin où pieuter dans Homère ou Ovide

  • L'écriture de Matthieu Limosino s'attache à l'intime, l'infime, d'humbles Contemplations comme autant d'instantanés. Henri Meschonnic disait qu'« on n'écrit ni pour plaire ni pour déplaire, mais pour vivre et transformer la vie », Prémices d'un après propose une immersion sensible au coeur du quotidien. Une langue simple, mise à nue, qui invite au voyage vers les terres de l'expérience affective. Ses poèmes semblent faire mentir le précepte selon lequel le bonheur ne serait pas source d'inspiration. « Cette envie d'écrire alors que tout va bien » comme le note François de Cornière dans l'un de ses poèmes. Écrire. Garder trace. Témoignage d'un moment que la mémoire déjà estompe. Journal de sensations que seuls les corps conservent, et qui se laissent conter du bout des doigts, menant le lecteur dans un espace inconnu, et pourtant si familier.

  • Avec ce nouveau recueil, La fierté des bannis, Christian Dumotier poursuit son chemin d'écriture, ancré dans son exploration des marges humaines de nos sociétés insensibles, rendant dignité et grâce aux « gens de peu », convoquant nos consciences par-delà nos accoutumances. On a ainsi pu parler de « poèmes du temps présent ». Puissance des évocations, images surgies de la juxtaposition et du mélange des mots, choc des sonorités, à-plats calculés et fulgurances qui claquent, tableaux précis et perçants traversés par les émotions les plus secrètes, chaque portrait, nourri des ressources d'une langue poétique très personnelle, atteint à l'évidence. « La poésie, insolite, sème ses planètes dans le ciel intérieur de l' homme. » (René Char)
    Michel Pinault

  • Lame

    Michel Cassir

    La mort frôlée fait bondir les papillons. Le souffle qui ne tient qu'à une lame devient alors éveil.
    je pourrais tout aussi bien disparaître ou
    revivre mais je suis là en pyjama d'étoiles jouant
    de la flûte basse dans l'aigu d'une école traversière

    ...nous sommes des morceaux de rêve
    qui ont heurté le sol depuis le lointain
    nous mimons l'humain
    nous mimons l'arbre
    pour l'enfant solitaire...

  • Cent poèmes avant l'aube se compose de quatre pièces poétiques longues, « La nuit j'ai peur », « Le chant des belles-de-nuit » et « De pétales et d'épines » qui succèdent la section éponyme « Cent poèmes avant l'aube ». Dans la deuxième section, le sujet lyrique met en scène son geste littéraire, ses craintes et ses doutes. La troisième section emprunte son nom à celui d'une fleur élégante. La quatrième et dernière section reprend l'image rhétorique végétale qui associe les bonheurs de la vie aux pétales d'une rose, et les malheurs aux épines. Après la prose poétique viennent des poèmes plus brefs, en vers libres, qui, bien qu'ils évoquent un certain marasme, laissent espérer un lendemain qui chante.

  • Omar Emilio Sposito pratique un humour aussi subtilement que simplement roboratif. Un humour d'expatrié-intégré qui se moque du Cocorico d'un petit coq au vin fraîchement naturalisé. Un humour-en-amours souvent contrariées : il y en a / un qui en a et l'autre / quinoa. Un humour sensible aux violences du réel et à ses incertitudes quand on ne sait comment distinguer les saluts-bonjours des appels au secours. Et toujours un humour-en-mots qui ravive avec à-propos le sens d'expressions toutes faites : « Ce n'est pas ma tasse de thé», «Vous ne croyez pas si bien dire», «chercher midi à quatorze heures». Des bonheurs d'expression malgré tout, malgré les rendez-vous manqués. Une écriture d'une sobre et vive élégance.
    Christian Cavaillé

  • Il n'y a pas de poésie hors sol. « Ici » désigne le lieu, le monde, d'où le poème, à lui lié, parle. Où le proche et le lointain, l'en-dehors et l'en-dedans s'entrelacent, s'entre-choquent, se répondent. Plongé dans le courant d'un temps venu de loin, pris dans la toile d'une époque en surchauffe et en désarroi, le poème tente, au plus fort de l'éloignement du Sens, d'en recueillir des échos, quelques miettes d'horizon ...

  • Embrasser l'horizon, emprunter ses ailes, s'envoler à la quête de l'homme au confluent des cultures et des traditions, sous l'hymne mélodieux de ses murmures, vainquant les frontières factices... Le recueil puise son inspiration dans l'histoire humaine, ancienne et contemporaine, d'ici et d'ailleurs, comme dans l'expérience personnelle du Poète. Ces poèmes nous révèlent l'étendue de l'horizon, son pouvoir libérateur, sa magie éternelle, aussi éternelle que l'homme lui-même qui l'admire et s'y réfugie.

  • Vertiges d'extases dans le va-et-vient virevoltant du verbe et de la plume
    Métamorphoses mystificatrices multipliant les masques et les vies
    L'Art et l'Histoire s'embrassent dans une valse poétique aux pas elliptiques
    Infinies correspondances aux images télescopées

  • « Chants d'octobre est d'une écriture puissante, aux images vives et concrètes... Un rythme d'une grande dynamique, une réflexion profonde et sensible avec de belles inclinations philosophiques, viennent porter témoignage d'événements de révolte et d'espoir. La force de ce témoignage poétique tient en ce que le lecteur est, par la gravité de la langue, impliqué et devient témoin du témoignage. La seconde partie, Les yeux d'Andalousie, révèle toute la braise de sentiments amoureux et rebelles qui n'ont rien abandonné de leur rapport à l'histoire. Un recueil saisissant qui conforte la pertinence du concept d'"engagement" de la poésie dans l'histoire. »
    Philippe Tancelin

  • Avec ce recueil, j'ai voulu revenir sur mes pas jusqu'à l'origine de ce besoin de marcher qui n'a cessé de me mettre en mouvement. J'assume ainsi l'héritage que m'a transmis ma mère : cette impulsion et cette énergie me viennent d'elle mais il m'a fallu creuser l'empreinte de mes propres pas. C'est aussi une tentative de traverser le temps qui a été celui de ma génération : un long temps de paix ponctué de récits de guerre. Marchant, je déambule dans le confort de murs droits et intacts, archéologue en quête de ruines, de vestiges tombés en poussière dans un fracas dont l'écho nous est désormais à peine audible.

  • Gertrud Kolmar (1894-1943), Juive berlinoise assassinée à Auschwitz, exprime dans des poèmes d'une rare intensité sa révolte contre la civilisation patriarcale, l'asservissement des femmes et la démonisation de la sexualité féminine, contre la dictature nazie et son racisme meurtrier, et contre l'antisémitisme millénaire. Dans ce choix de 45 poèmes écrits de 1927 à 1937, sauvés de la censure et de la destruction, la traductrice met en évidence à la fois la souffrance de Gertrud Kolmar en tant que femme et Juive dans une société guerrière et mortifère, et sa résilience, qui font de son oeuvre un témoignage humain, poétique et historique poignant, et d'une extrême modernité.

  • Intrications de rythmes et brisures de rythme pour une mise en jeu du langage entière et rompue au réel : une aimantation interrogative
    danse la
    danse pressant
    pieds nus le
    raisin pour ce
    vin de la
    montagne noire
    bu à la
    régalade d'un
    trait son
    tempo est-il
    passé en
    poème passé à
    l'arythmie hors-
    chant maintenant
    dans quelle mesure
    sommes-nous

  • Dans ce recueil, la voix poétique surgit parfois comme sous la forme d'un véritable réquisitoire contre ceux qui, ancrés de plein pied dans l'univers de la mondialisation, semblent bel et bien privilégier le projet et la rentabilité comme le projet de Conga au détriment de la bienveillance et de la protection de la Planète qui nous fait vivre et de ceux qui subsistent à travers elle et ses bienfaits.

  • Les jours gris durent trop longtemps. Les jours gridurent. La lumière elle-même, que pourtant rien n'arrête, n'a pu s'y frayer un chemin. La lumière n'a pu sifreiller. Les jours gris sont comme un vase cassé. Nous sommes tous des vases cassés. Nous sommes tous des jours gris. Recollés, la lumière passe. Il décida de recoller les jours gris. Et les jours ne gridurent plus. La lumière put alors sifreiller. N'analysez pas vos raisons de pleurer. Vivez. N'étudiez pas vos larmes. Vivez-les. Les mains qui fredonnent le pain qu'elles inaugurent.

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